En musique: V. Samson - Chanson sur une drôle vie 

 

L'autre jour, une ancienne amie d'enfance a partagé une photo sur Facebook. 
Le genre de photo boomerang qui te montre un passé qui dormait quelque part et qui vient se réveiller brutalement à toi. 

Sur cette photo, nous avions peut-être trois ou quatre ans. Et il y avait ma grand-mère. 

Ma grand-mère à l'époque du souvenir que j'en garde. Ma grand-mère telle que je me force à l'avoir en mémoire afin de chasser à jamais la dernière image que j'ai d'elle, sur ce lit d'hôpital. 

Il n'y a pas de hasard, j'en suis convaincue depuis toujours. Les choses arrivent forcément parce qu'elles le doivent, et même si nous pensons que le moment n'est pas le bon, il finit par prendre une place inévitable dans l'ordre de notre vie. Et il ne pouvait en être autrement. 

Sur cette photo, la petite fille que j'étais alors sourit à l'objectif et je vois dans cette petite fille tout ce qui m'a quittée si tôt. Un air d'enfance et d'innocence, comme si le moment doux que je vivais alors allait se poursuivre toujours, comme si cet instant avec ma copine et ma grand-mère ne serait jamais traversé par la moindre ombre au tableau. Grosse erreur. 

En regardant ce cliché, j'ai su que mon enfance était partie en lambeaux. Comme quand la peau pèle et qu'on peut en enlever des grands bouts. Par plusieurs morceaux avant de laisser place à autre chose. J'ai su dater les grands moments de mue violente et contrainte qui m'ont fait vieillir si vite. 

Un jour ma psy m'a dit que mon âme avait cent ans. 

Ce soir, je me sens vieille. Et j'aimerais être dans mon cocon breton pour repenser à tout ça. A ces moments de rupture qui m'ont faite. Plus forte ou plus fragile, je ne sais pas. Fière parfois, et d'autres soirs si courbatue.